Par Vince | Guyane Francaise | 18 mars 2009 | Commentaires 1

Au Bagne !
Au Bagne !

Entre îles paradisiaques et l’enfer du bagne, les déportés qui arrivaient aux îles du Salut ne devaient pas se poser la question bien longtemps. 60 ans après, le touriste fraichement débarqué a quand même matière à hésiter…

Au petit matin, le catamaran La Hulotte quitte le débarcadère de Kourou. Après 1h à encaisser une mer agitée, accrochés comme nous le pouvons à l’avant du bicoque, les eaux boueuses qui envasent la côte laissent la place à des fonds d’un bleu profond qu’on ne croyait plus trouver en Guyane. Les îles du Salut se dessinent peu à peu, 3 gros caillous habillés de cocotiers de la base jusqu’au sommet.

Nous posons les pieds sur l’île Saint Joseph pour la matinée. Le chemin côtier est magnifique, tout est calme et bercé par le bruit des vagues. On a vraiment l’impression de marcher dans une carte postale. Sauf que… Cette île a longtemps été utilisée comme le centre d’enfermement le plus dur du bagne de Guyane, point de chute ultime dans l’échelle du châtiment carcéral. Il faut dire que l’endroit est parfait : prison dorée sous les tropiques pour les gardiens, où les courants et les requins remplacent les barbelés et les miradors ; prison humide et glauque pour les détenus, où la maladie et les scolopendres terminent le travail de sape. Une route pavée façonnée par des générations de bagnards amène au sommet de l’île, et là c’est un peu la claque. Un vaste complexe de ruines se dresse là où quelques décennies plus tôt une centaine de cellules d’isolement faisaient régner la terreur jusqu’en métropole. La règle ici était simple : SILENCE ! Enfermés dans une boite de 2 x 1,5 m, des grilles au plafond pour une surveillance 24/24h, le bagnard pouvait moisir là pendant des mois. Certains l’avaient sûrement cherché, mais quand on sait que le vol d’une noix de coco ou l’incitation à rire pouvait amener dans ce trou, on se pose la question du bien fondé et de la violence de la punition. Lentement, la végétation ronge les portes blindées, digère les barreaux en acier, transperce les murs de brique. Il aura suffit d’un demi siècle pour transformer le fleuron de l’Administration Pénitentiaire en remake d’Angkor Vat. Encore un pan entier de l’histoire de France superbement ignoré des manuels scolaires…

Vers midi, nous remontons sur le catamaran où quelques verres de planteur nous ramènent rapidement dans l’instant présent. L’étape suivante est l’île Royale. Le contraste avec Saint Jospeh est saisissant. Les déportés y vivaient en semi-liberté et les bâtiments fièrement entretenus rapellent plus un centre de vacances qu’un camp de détention. On y trouve une église, un hôtel avec une vue magnifique, et même des barraques de gardien reconverties en chambres d’hôtes. C’est aussi sans compter sur la flore exubérante ou la faune habituée à l’homme qui joue à cache-cache : toucans, singes, iguanes, agoutis, et même tortues marines près de l’embarcadère. Les quelques heures que nous passons sur Royale ne suffisent pas à découvrir tous les recoins de l’île. On se promet d’y revenir bientôt pour accrocher notre hamac entre deux cocotiers.

La Hulotte nous ramène lentement vers la côte, toutes voiles dehors et poussée par les alizés. Cette journée referme le livre de l’histoire du bagne que nous avions ouvert quelques jours plus tôt. Comme quoi, la Guyane ne résume pas qu’à sa foret…

Un commentaire
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  1. cocotiers…plage…catamaran…ça va la vie!!!!
    le bagne, le bagne…la planque oui!
    vous vous plaigniez de pas avoir votre lot de décors paradisiaques…alors là vous êtes démasqués, mais je m’inquiète quand même de la pilosité de VIncent sur les dernières photos du post (le rhum arrangé ferait-il pousser la toison de notre héros?)

    bises à vous 2
    et roquefort/saucisson power!

    Omer

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